Butô des origines

Butô des origines | Anais BourquinLa danse butô est née dans les années 60 au Japon, à la fois d’une opposition artistique et d’une prise de position politique. Le terme japonais est composé de deux idéogrammes : 舞 踏 soit bu = danser, voltiger + tô = taper au sol, fouler la terre.

Dans sa forme, elle apparaît comme une anti danse, une antithèse des formes classiques, modernes et contemporaines de la danse occidentale mais aussi des arts traditionnels japonais que sont le Nô et le Kabuki. Dans son fond, elle est l’image du soulèvement de la jeunesse locale contre l’américanisation à outrance qui était en cours au niveau économique, social et culturel. Ainsi, ce courant original et porteur d’aspirations nouvelles, se concrétise t’il par des performances dansées où l’être accède aux profondeurs de sa propre matière, au delà de toutes les couches sociales et de toutes les esthétiques imposées. En 1959, lors du 6ème festival des jeunes danseurs organisé par l’AJADA, Tatsumi Hijikata créé le scandale avec Kinjiki (Couleur interdite) d’après le roman de Yukio Mishima. En 1968, il s’élance sur un texte de Jean Genet et proclame « la révolte de la chair ». Le butô est fondé. Il existe de nos jours autant de formes de butô que de danseurs. Le corps dansant sonde ses lumières et ses obscurités, sa relation au cosmos et son inscription au cœur de l’Univers.

Parfois, cette danse se pratique corps nu, peint en blanc et avec un cache-sexe (le fundoshi). Il s’agit d’une raison symbolique qui tend à rendre les corps anonymes, neutres, à leur point O, en se différenciant du corps quotidien, réel, social (correspondant à un égo, un genre, une éducation et une société). L’expérience est de danser la frontière du dedans et du dehors du corps en soi (chair, cellules, émotions, sensations) et la vivre pour inventer une nouvelle relation au Monde. Présences et absences échangent leurs densités.

L’utilisation d’accessoires et de costumes est très vite apparue dans le butô avec Tatsumi Hijikata mais aussi avec Kazuo Ôno au travers de son solo Hommage à la Argentina (Festival de Nancy, 1980). Il n’y a ni obligation ni interdiction, pas de mauvaises réponses ni de faux pas. La traduction occidentale du butô comme « danse des ténèbres » est à comprendre dans le sens de la philosophie du bouddhisme zen. Le corps dansant est vecteur, forme suspendue entre Terre et Ciel (axe vertical), entre don et réception (axe horizontal). Il est vie et mort, joie et tristesse. Traversé et agît par des mémoires ancestrales, il porte en lui toutes les complémentarités.

La danse butô est expression de toute la force et fragilité du Monde, tout êtres confondus (végétal, minéral, animal, humain, visible et invisible). Elle est l’art de la métamorphose et la volonté de partager un quelque chose d’inexplicable… A fleur de peau.